Prenons garde à nous-même

L’être humain a une épatante capacité de créer un sentiment de normalité même au cœur de périodes tourmentées. Cette capacité génère un rempart moral protectif qui fait partie de l’arsenal salutaire des individus pendant cette crise du COVID19.

Bien que nécessaire, cette normalité protectrice ne doit pas vouloir dire porter des oeillères et s’abstenir de réfléchir aux causes et surtout aux effets de cette crise.

Nous nous trouvons à un seuil critique qu’il ne s’agit pas d’ignorer. À l’avenir, les atteintes aux libertés qui sont qualifiées de temporaires pourraient se pérenniser, d’autres libertés pourraient être niées ou ridiculisées.

Essays on Open-endedness in law

De part le monde avec les politiques de confinement, la liberté de mouvement, la liberté de réunion (pour des motifs politiques, religieux ou autres), la liberté d’exercer une activité économique ont été très fortement réduites ou rendues impossibles.

Le respect de la vie privée (privacy) a aussi été affecté dans plusieurs pays par le suivi des personnes (contrôle des déplacements grâce aux réseaux de télécommunication, l’usage de codes QR autorisant les déplacements…). [1]

Ensuite, la liberté d’expression [2] est devenue encore une plus pâle expression de ce qu’elle devrait être: il est plus difficile d’emmètre des réflexions différentes d’une ligne de pensée centralisée qui se présente comme omnisciente.

Les vaccins semblent être l’unique solution acceptée : toute autre proposition n’est pas promue ou risque d’être censurée.

Nous avons l’habitude de nous vanter des énormes progrès scientifiques que notre société a connue depuis la première révolution industrielle, néanmoins il n’y a pas de quoi être fier d’une société qui veut imposer une seule solution à des milliards de personnes. Que devient l’unicité de chaque être? Que deviennent toutes les connaissances que nous avons jusque-là acquises dans le domaine de la santé ? Que deviennent tous les travaux philosophiques réalisés depuis des millénaires et promouvant l’exercice du doute et de la réflexion?

De nombreuses sciences ont permis des découvertes cruciales, et non pas une « science » devenue fondamentaliste et absolue (focalisation sur un type de savoir et absolutisme doctrinal). Il s’agit de ne pas d’oublier que nous avons le choix, il est important de ne pas se résoudre à une source de savoir. Même si ce fondamentalisme est réalisé avec de bons sentiments, personne ne peut se prévaloir de connaître ce qui est bon pour des milliards de personnes et l’imposer. Ceci est impossible et tyrannise l’individu. L’individu a le droit de choisir ce qui convient le mieux à sa santé (droit à la vie et liberté de disposer de son corps).

Aucune politique ne peut comprendre les interactions complexes de la réalité. Cependant, la population a tendance à accepter des politiques simplificatrices ou simplistes. [3]

Plus une autorité centrale (et donc uniformisante) restreint l’exercice des libertés vitales à l’individu (droit à la vie et à disposer de son corps, liberté de réunion, droit à exercer une activité économique, droit au respect de la vie privée, liberté de mouvement) et plus elle risque la vie des individus de la société.

Il n’est pas aussi simple de freiner un type de mortalité ou la mortalité en générale en « emprisonnant » les personnes chez elles. Il est d’ailleurs difficile de comptabiliser toutes les personnes qui meurent ou voient leur santé se détériorer du fait d’une politique de confinement. Les conséquences non comptabilisées sont bien présentes même si elles ne font pas partie des statistiques officielles.

D’une manière visible mais non-immédiate, la dégradation de la situation économique des individus résultant de la difficulté d’exercer une activité économique met en danger la vie d’autrui. La difficulté d’accès à certains biens ou services vitaux à certains individus, bien que non considérés comme tels par un gouvernement, est une autre illustration. Il ne faut pas oublier non plus que la limitation des libertés est une source importante de stress pour l’individu et donc affecte sa santé. Certaines personnes se sentent d’autant plus limitées qu’elles ne sont pas sûres de connaître les comportements autorisés et donc s’autolimitent de peur d’être sanctionnées.

 Il y a fort à parier que les fatalités indirectes sont plus nombreuses que celles liées au fléau duquel nous devons être protégés.

Pour conclure, il est crucial de se rappeler que les libertés existent tant qu’elles sont comprises et voulues des individus. Ce n’est pas l’État qui est le garant des libertés, mais bien les individus. Si les philosophes, les juges, les professeurs (ou autres personnes rémunérées par la collectivité publique) ne comprennent pas ou ont oublié l’origine et la nécessité des libertés, l’individu est l’ultime rempart dans la protection de celles-ci ; ce ne sont pas les gouvernements ou d’autres élites.

En somme, si les individus perdent leurs libertés ce n’est pas dû à l’existence d’un tyran, mais au renoncement des libertés par les individus eux-mêmes en échange d’une hypothétique résolution des problèmes. [4] Espérons donc que les individus soient conscients de leur responsabilité et ne se calfeutrent pas dans une normalité excluant toute réflexion vitale.


[1]. Voir par exemple: COVID-19 Digital Rights Tracker’, Top 10 VPN, dernière mise à jour du 31 mars 2020, https://www.top10vpn.com/news/surveillance/covid-19-digital-rights-tracker/ ou En Chine, le high-tech comme outil de surveillance face à l’épidémie, Le Figaro, 29 février 2020.

[2]. L’Article 11 de la CHARTE DES DROITS FONDAMENTAUX DE L’UNION EUROPÉENNE est formulé ainsi :

1.   Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.

2.   La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés. [Les caractères en gras ne font pas partie de la mise en forme originelle].

Il faut noter que dans la situation actuelle du COVID19 la liberté d’expression n’est pas seulement mise à mal par le centralisme des autorités étatiques mais aussi par celui d’entreprises internet de réseaux sociaux.

[3]. Les masses ne sont pas victimes, mais au contraire responsables de toute imposition ou uniformisation car le pouvoir s’adapte à leurs désirs. Les élus politiques voulant éviter tout risque de poursuites judiciaires tendent à imposer des mesures fortes qui vont néanmoins dans le sens de l’opinion publique.

[4]. Cf. interview de Lord Sumption (ancien juge à la Court Suprême du Royaume-Uni) réalisée par la BBC, et reportée dans The Spectator, 30 mars 2020, https://www.spectator.co.uk/article/former-supreme-court-justice-this-is-what-a-police-state-is-like-. Lord Sumption a dit « the real problem is that when human societies lose their freedom, it’s not usually because tyrants have taken it away. It’s usually because people willingly surrender their freedom in return for protection against some external threat. And the threat is usually a real threat but usually exaggerated ».

The individual is the answer

When crises occur, empowerment of the individual is rarely thought of as the solution.

Yet, fulfilment of society depends on the individual.

The individual is concrete, while society is not.

Society cannot flourish if individuals do not prosper.

People face today significant barriers in most ambits of their life: occupation, health, education, etc.

EMPOWERMENT is the answer.

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